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26/09/2011 -

Les All Blacks en mouvement

 

En attaque, être capable d’avancer à la main ou au pied en contraignant la défense à subir créant ainsi un rapport de force favorable, préserver dans le mouvement successif le déséquilibre que ce gain de terrain a occasionné, concéder dans cette continuité le moins de regroupements possibles et, quand l’adversaire nous y contraint, libérer la balle rapidement pour rester dans la dynamique précédente.


Considérer la défense comme le pendant tactique tout aussi essentiel à maitriser et qu’il s’agit de lier avec l’action d’attaque, être donc capable d’avancer en exerçant la pression utile pour exploiter les balles récupérées à la fois sur les mouvements offensifs à la main (turnover) et sur le jeu au pied des adversaires (contre attaque).

Tous les entraineurs du monde ont en tête cette ambition de jeu qui logiquement et sans ambigüité engage le joueur et le collectif dans la maitrise d’une activité adaptative qui se doit de concilier liberté d’initiative individuelle et cohérence des actions collectives. Ce rugby pour y accéder demande que chacun en fonction de sa position momentanée dans l’action de jeu en cours soit à même de donner du sens à ce qu’il fait (le sens du jeu construit le mouvement et lui donne sa cohérence), incontournable pour pouvoir faire face à la contingence des situations changeantes et variables qui se présentent à lui.

Mais la mise en place et œuvre de ce jeu réclament pour les joueurs dans le développement des actions de jeu tant en attaque qu’en défense, la connaissance et l’exploitation judicieuse de principes tactiques et de références communes à tous. Ce qui nécessite de dépasser le système de repères connus pour en activer d’autres plus performants, en tous cas leur donnant des pouvoirs d’action nouveaux pour accéder à l’excellence. A la disposition des joueurs ces principes et références guideront leurs déplacements et replacements à la fois dans les phases de mouvements, comme dans les phases de fixation (ruck et maul), phases qui posent le problème du choix de la forme de la justesse de la relance du mouvement dans un lien logique mouvement passé-futur mouvement. Enfin dans ce cadre prioritaire, les lancements de jeu à partir des phases statiques relèveront du capitaine. Ils ne devront surprendre personne et devront répondre aux compétences des joueurs dans cette phase, au positionnement de cette même phase sur le terrain, tenir compte des faiblesses et forces constatées de l’adversaire, du score etc…Autant de conditions qui inscrivent cette phase dans la continuité, mouvement général - les phases d’arrêt passager du ballon (rucks et mauls).

Ce choix de rugby implique pour tous les joueurs une double capacité: celle, quel que soit son poste et la forme de jeu dans laquelle il s’agira de s’engager consciemment à «suppléer», à savoir à endosser un rôle momentanée qui demande d’autres compétences que celles du poste mais que la situation impose ; celle de prendre les initiatives qu’il convient en fonction du contexte momentané, ce qui demande de savoir comprendre et gérer la situation et son évolution dans la mouvance tout autant du rapport de force attaque-défense global que dans celui plus partiel et forcement très significatif qui se développe autour du ballon dans la cellule d’action correspondante.

Les All Blacks ne maitrisent peut être pas tout le système du jeu de mouvement mais leur volonté et force c’est de toujours vouloir se perfectionner dans cette dimension du jeu et dans ce domaine, le rugby à développer n’est jamais achevé et n’a pas de limites. D’autre part, ils ont fait des progrès en mêlée, une phase, qui contre certains adversaires, particulièrement la France, pouvait quelquefois leur créer des désagréments pour la mise en place de leur jeu préférentiel, ce qui ne peut que conforter leur confiance dans la mise en œuvre du style choisi. C’est qu’exprimait Graham Henry dans une précédente interview en disant: «le champion sera celui qui jouera le mieux debout et saura utiliser avec pertinence le jeu au pied», ce que déjà ne font pas si mal son collectif.

Après la défaite des Français, il est difficile de ne pas évoquer les dissemblances entre aperçues dans la réalisation du jeu par chacun des deux collectifs. En l’occurrence, face à des situations de jeu similaires particulièrement celles qui logiquement devraient préserver l’avancée et une continuité efficace, les comportements des Bleus et des Noirs diffèrent. En schématisant on peut accepter que là où les All Blacks par la passe réussissent à aller jouer dans une zone de moindre affrontement ce qui facilite la préservation de la vitesse, les Bleus ont tendance à systématiquement porter la balle. Le rendez-vous avec la défense passe trop souvent par l’affrontement et par le sol. Quand le jeu de passe est choisi, à chaque transmission le jumelage course-passe ne respecte pas soit le rythme d’exécution soit l’intensité utile soit les deux pour que l’action devienne efficace. Il semble que l’on reproduise des formes qui ne se justifient pas forcement dans la situation du moment, on finit par se réfugier dans l’affrontement ce qui est sécurisant mais trop souvent peu justifié. Ce jeu favorise ainsi la défense, on joue devant la défense. Là, où tout le collectif noir semble engagé dans un mouvement perpétuel, chez les Bleus, c’est le jeu individuel des uns et des autres qui prévaut, celui-ci se réalise d’ailleurs quelquefois avec une certaine efficacité voire brio mais se finit le plus souvent le nez dans le gazon occasionnant aussi bien trop souvent la perte de balle.

Ceci dit, contre vents et marée, je reste plutôt optimiste. Ce match peut faire du bien à la tête des Bleus. Le nouveau contexte, des phases finales (peu probable en début de compétition) verra certainement jusqu'à la finale un tableau où s’opposeront les équipes du nord d’un côté et du sud de l’autre. Pour les Français, je crois qu’il est plutôt bien de jouer contre les équipes du Nord voire l’Argentine actuellement pas au niveau de 2007. Ce rugby que l’on connait bien peut devenir un facteur psychologique rassurant. On peut espérer un déclic qui libérerait enfin cette équipe. Mais prudence car si l’Italie venait à battre l’Irlande, ce qui n’est pas impossible, on retournerait alors à la case départ.

Dans ce match contre les Blacks qui était à risque, on a mis un genou à terre mais pas les deux, ce sera, si la probabilité des futurs oppositions se confirme, plus facile de se relever et pourquoi pas d’accéder à la finale.