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octobre 2011

La créativité passe par le respect des principes fondamentaux

Le terme créativité est en rugby le plus souvent utilisé pour caractériser le comportement individuel d’un joueur engagé dans une action au cours de laquelle il va prendre une initiative qui va sortir des sentiers battus. Son action prendra, soit, une forme inhabituelle qui pourra être le fait d’une découverte inattendue, soit, orientera le jeu différemment et transformera la situation existante en une plus conforme à la réalité du rapport de force.


Originalité, inspiration, fantaisie, imagination, spontanéité, voire «flair» selon la terminologie anglaise, autant d’acceptions qui pourraient correspondre à une prise d’initiative cataloguée comme surprenante. Il peut alors s’agir d’un trait de génie qui semble tenir du hasard. Le déclenchement de ce type de processus créatif ne peut être pris en compte et avoir une valeur créative que s’il s’avère avoir été efficace et exploitable tant individuellement que collectivement, auquel cas elle peut faire école mais c’est rare.

Bien plus intéressant, quand ce processus créatif est conscient, il relève alors d’une initiative intelligente du joueur. Il répond avec justesse à la situation de jeu dans laquelle il est engagé et il revient à lui et lui seul, vu l’évolution du rapport de force momentanée, de réaliser la transformation du jeu utile.

Ce choix demande de savoir et pouvoir changer, à la vitesse du jeu, de son intensité tant physique qu’émotionnelle, ce qui était prévu ou attendu. Orientée dans un objectif tactique différent voire prévu à l’instant t-1, la réaction défensive guide le porteur de balle et l’amène, de manière pertinente, à choisir une autre option qui va s’avérer d’autant plus efficace qu’au même moment tous les partenaires comprennent sa décision et réagissent en adéquation quelle que soit, par rapport au ballon, leur positionnement dans l’instant sur le terrain .

Pour qu’il en soit ainsi, il convient que le joueur et donc ses partenaires possèdent les mêmes références de compréhension du jeu , celles qui se développent dans une continuité de formation bien conçue, auquel cas il devient possible d’élargir les capacités d’action pour agir de façon créative dans le cadre d’un toujours plus riche d’expériences vécues que ce soit dans les compétitions comme dans les formes d’entrainement. Il me parait en effet difficile d’accéder sans retenue à des prises d’initiatives créatives si le joueur n’est pas suffisamment confronté à ce jeu situationnel complexe où il s’agit de jouer juste quel que soit le degré d’incertitude que présente la situation .

La question qui se pose c’est de savoir si un jeu programmé organisé par phases successives risque de ne pas tuer le processus créatif. Un jeu programmé tend à s’appuyer sur un plan tactique très précis et très organisé dont on attend qu’il finira par produire ses effets sur le jeu adverse.. On perçoit bien dans le développement d’actions précises que le sens qui est donné au jeu répond à la mise en œuvre de l’organisation prévue et pas à l’exploitation des opportunités qui pourraient se présenter à tous moments dans le jeu situationnel puisque dans les entrainements il est espéré compte tenu de la précision de l’exécution réalisée dans la continuité des entrainements que tout se passera comme prévu. Certains joueurs arrivent a sortir du programme mais l’adaptation des partenaires à son jeu manquent de réactivité. Pourtant on attend de ces joueurs plus adaptatifs quelquefois qu’ils sauvent la patrie en danger. Quand ils leur arrivent de sauver le résultat, ils masquent la carence du collectif pour jouer efficacement ensemble.

Dans cette Coupe du monde pour les huit nations qualifiées pour les quarts, on peut reconnaitre par les comportements, déplacements, attitudes des joueurs des systèmes de jeu différents qui à des degrés divers identifieraient des styles de jeu allant du plus ou moins programmé ou plus ou moins adaptatif.

Il s’agit bien de l’opposition de deux conceptions de concevoir l’action collective, mais quelque soit la prédisposition d’une équipe et l’appétence des joueurs pour le système choisi. Soit le programme qui tend plus ou moins à diriger l’action des joueurs. Soit l’exploitation adaptative et créative des situations où il s’agit de résoudre les problèmes posés tant en attaque qu’en défense par les adversaires, ce qui demande logiquement des capacités pour analyser le jeu, quel que soit la tendance choisie, pour que le système choisi soit efficient, cela passe forcement par la capacité collective à respecter et imposer, avec son potentiel physique du moment, l’engagement total nécessaire pour affronter et créer les conditions d’avancer avec ou sans ballon , incontournables pour développer le jeu espéré .

Si on a un peu de mal avant les quart de finale au vu des matchs précédents à analyser le projet de jeu, c’est essentiellement le fait qu’en attaque la capacité des Bleus à avancer, individuellement ou collectivement est trop faible . Il ne se développe pas, en tout cas pas suffisamment tout au long d’un match, de pression pour produire des effets de déséquilibre indispensables qui conditionne une continuité efficace et rendrait plus visible le jeu choisi. Ce principe s’applique aussi à la défense et dans ce domaine, la tendance à attendre l’adversaire, à ne pas aller le chercher au-delà de la ligne d’avantage non seulement les obligent à subir le jeu adverse mais ne crée pas les conditions de récupération possible même quand le jeu adverse est facilement décodé et plutôt simpliste comme ce fut le cas devant le Tonga.

Espérons que la connaissance du jeu anglais sera suffisante pour retrouver avec la pression tant offensive que défensive que l’on saura proposer un jeu plus en conformité avec le potentiel de cette équipe

 

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