01/02/2014

La règle de l'en avant

Les règles du rugby sont  souvent incomprises et les meilleures explications semblent bien  insuffisantes  pour  fédérer le monde du rugby derrière les décisions arbitrales. Ce qui explique les contestations de toutes sortes qui surgissent ici et là, du terrain comme  de l’environnement.

L’arbitrage vidéo ne semble  pas être la panacée. Elle facilite certes bien souvent la décision arbitrale, mais la consultance de « l’officiel Vidéo » rend quelquefois la tache de l’arbitre de terrain encore plus malaisée, ce qui peut par la suite perturber la constance voire la fermeté et pourquoi pas sur le match l’éthique de son arbitrage. 

Retour sur une règle concernant « la passe en avant » qui ces derniers temps a fait débat suite à l’essai accordé aux toulousains et à Médard  contre Clermont Ferrand. Etait il valable ? La contestation des clermontois semblait légitime. Même Guy Noves a très sportivement reconnu qu’il y avait en avant. La règle  stipule   qu’il y a « en avant » quand   le ballon passé à la main à un partenaire prend la direction de l’en but adverse. Si l’on prend en compte le moment  où… Huget se sépare du ballon et….celui où celui-ci est récupéré par Médard  après rebond au sol, (la ligne des 5m étant en l’occurrence un allié précieux d’évaluation ) , on peut effectivement vérifier que le ballon dans son parcours aérien a bien pris la direction de l’en but adverse. Monsieur Berdos et le vidéoman n’auraient donc pas pris la bonne décision.

Pourtant, une autre version peut  être entendue. Elle justifierait   la décision arbitrale. En tout cas, permet-elle de  porter un  regard différent sur l’application réglementaire. En effet, grâce au ralenti vidéo, on remarque   que les mains d’Huget( le passeur ), sont bien tournés vers l’arrière . C’est bien cet observable, (difficilement décelable sans la vidéo), que l’IRB, le législateur, demande en priorité de vérifier avant toute décision. Le ballon, dans un premier temps est bien parti vers l’arrière, la règle jusque là est bien respectée. Mais ce serait  sans  compter avec les lois de la physique et de la cinétique qui produit, quand la balle est lancée,  un effet vers l’avant consécutif  à la vitesse du joueur porteur de balle au moment de la passe. Une  loi, qui énonce  qu’un ballon porté avec une certaine vitesse  et passé à un partenaire  peut se diriger vers l’avant même si, dans la première partie de la trajectoire, il  est bien  passé vers l’arrière.  

Quand j’étais jeune joueur, on nous apprenait à réaliser, à pleine vitesse, des passes sur des cibles fixes.  Nous avions bien du mal à les atteindre, le ballon passé conformément à la règle finissait logiquement sa trajectoire   en avant,  bien au delà de la cible. Pour que le réussite soit au rendez vous et compenser l’effet cinétique vers l’avant, il convenait de  lancer la balle largement en amont de la cible et le faire avec suffisamment de puissance pour compenser l’effet cinétique. Il faut préciser, que  le phénomène « vers l’avant » est d’autant plus grand si la passe est longue ou si le passeur  utilise une passe plus molle voire lobée,  ce qui a été en la circonstance le cas d’Huget.

L’arbitre vidéo  en s’appuyant sur la position des mains a bien été en accord avec les directives de l’ IRB. L’essai était donc valable. Consulté, Michel Lamoulie, formateur des arbitres pro et superviseur me précisa qu’il  convient bien  de ne pas  juger la trajectoire à l’arrivée mais bien au départ du ballon » et que « le mouvement des bras est beaucoup plus démonstratif que la position des mains ».

On constate régulièrement, et ce n’est pas fini, les difficultés que rencontrent les arbitres pour valider ou refuser des passes dans les  deux contre un.  Ceux qui sont joués par le réceptionneur très à hauteur, laisse, sans l’aide vidéo, l’impression d’un « en avant » évident, puisque le receveur va logiquement chercher la balle là où « l’effet vitesse » la porte, quelquefois très en avant du point où elle a été passée.

Un exemple significatif, cette fois en défaveur de Toulouse, concerne l’en avant sifflé aux toulousains lors de la dernière demi finale contre Toulon . La dernière passe lobée et gagnante de jean Bouilloux conduisit  à l’essai mais celui ci fut refusée. Il aurait été, aujourd’hui, certainement validé.

Question ?  Au regard de ces interrogations  et observables liés à ce phénomène physique, n’est il pas possible de revisiter la règle de l’en avant sur passe ? Il s’agirait bien de donner du sens aux  décisions arbitrales,   ce qui aurait aussi pour effet d’influer sur le comportement du passeur et du receveur. Une visibilité qui apaiserait le staff  et le public toujours prêts à réagir quand la trajectoire de la balle dans le contexte du moment peut laisser penser à une injustice.