La production  réalisée par Blacks et Wallabies se devrait d’être  une aubaine pour le rugby, pour son développement, sa  visibilité , sa popularité,.   Cette profusion de jeu  sera abondamment relatée par l’environnement  y compris bien sûr par ceux qui émettaient des doutes sur la faisabilité d’un rugby  qui fait enfin  toute sa place aux possibilités et contingences offertes par le mouvement des joueurs et du ballon.

Cette remarquable production devrait impulser une dynamique qui  va toucher en priorité la formation des joueurs, des jeunes et des autres quel que soit le niveau, mais surtout les entraineurs et éducateurs logiquement remis en question. Pour avoir travailler pendant 5 ans à l’ex IRB aujourd’hui World rugby , j’ai  vite compris que les règles de ce jeu devaient ouvrir la voie à   un produit beaucoup plus  spectaculaire. De fait, l’ évolution et le management de ces règles  visaient à aller dans ce sens. Fallait il pour ce faire des compétitions qui y répondent, donc à même   de favoriser les initiatives, l’esprit d’entreprendre, les comportements créatifs et adaptatifs nécessaire pour aller vers la maitrise toujours plus grande de la composante « mouvement. Les équipes du sud , leurs compétitions ont mieux et plus vite diffusé  cette vision. Cette finale consacre certes deux équipes mais surtout affirme que le rugby de demain devra offrir cette conception moderne et appétissante du jeu.

Sans se lancer dans la comparaison des styles  , on peut  donc affirmer que les deux collectifs  avaient en commun la volonté d’envoyer du jeu. Ce partage dans l’envie de produire , de prendre des risques  dans une  finale de coupe de monde n’était pas  évident. L’enjeu n’était pas mince quand on connaît  la rivalité qui existent entre  les deux pays et pas seulement sur un terrain de rugby.   Les antagonistes avaient toutes les raisons de se craindre, d’abord parce qu’ils se connaissent bien , ensuite parce que cette finale en coupe du monde était une grande  première, ce qui aurait pu laisser place à des stratégies singulières  subordonnées à moins d’initiatives. A cela rien d’étonnant ,car bien au delà de leur  rivalité  , une production médiocre , un rugby sans vie aurait été dans leur pays respectif bien mal perçu. Le mouvement , la vie du ballon sont les condiments culturels sur lesquels ces deux pays s’appuient pour exister.  La nouvelle Zélande, une nation qui entend  mal que le résultat ne soit la conséquence de la qualité du rugby produit . L’Australie qui est contrainte d’assurer et assumer un jeu spectaculaire  afin de ne pas subir la concurrence des autres sports de balle ovale.

Dans ce contexte, cette finale n’opposait pas deux adversaires mais bien de deux partenaires disponibles pour partager le jeu via  le challenge du mouvement  et tous les ingrédients qui vont avec. On peut affirmer que c’est bien  cette dynamique conjointe, sans calcul ni crainte qui  a concouru à l'émulation des forces créatives tactiques et techniques utiles.

Pendant 50minutes, les néo zélandais ont exprimé la plénitude de  leur savoir- faire, une dominance dans tous les secteurs du jeu que les australiens  surent par la suite leur contester avec fierté ,panache, et habiletés.  Dans cette conjoncture, le jeu des uns était   aussi le jeu des autres. Il est évident que cette incitation permanente au jeu pour conduire au succès, favorise l’émulation des forces tant individuelles que collectives. Un état d’esprit qu’il s’agit d’entretenir sous peine de  s’installer dans un jeu médiocre avec le risque de constater un accroissement de sa pauvreté. 

On ne peut quand même contester que le jeu des Blacks s’est globalement imposé par sa teneur et sa richesse tactique. l’exemple le plus frappant est  à trouver en première mi temps sur une contre attaque de leur audacieux arrière Smith , certainement leur meilleur atout offensif. Suite à  une infiltration minimale dans la défense,  il retrouva ,dans l’axe, des partenaires pour une série de passes main / main véritable jeu de groupé / pénétrant ,fait avec vitesse au bon moment et en conséquence avec précision, puisque bien compris par le soutien proche.  Le sens donné au jeu  du porteur de balle et la   réactivité décisionnelle qui s’ensuivit autorisa la complicité technique développé dans cet enchainement.   L’effet utile produit sur la défense permis de rebondir avec pertinence et efficience sur la largeur, déploiement  pour un surnombre gâté par une mauvaise passe difficile à réaliser sous pression. Ce moment d’excellence a permis aux blacks de révéler  toute la culture du jeu de mouvement néo Zélandais avec des acteurs qui avant d’être des techniciens sont des joueurs qui donnent du sens aux mouvements et formes complexes que le jeu génère. Seule cette compréhension du jeu en fonction du rapport de force momentanée est à même, de modifier, de  transformer les comportements tant individuels que collectifs et en conséquence de libérer la technicité du joueur. Créativité et efficacité sont alors au rendez vous et logiquement se marient.

On pourrait à  souhait décortiquer le jeu produit par les blacks , mais il est me parait difficile de considérer les actions des uns et des autres comme des critères de performance. J’y préfère la cohérence du projet commun qui les anime. Il  leur a permis, avant tous leurs adversaires et  mieux,  de faire éclater la notion de poste. Un défi  qu’il n’était pas facile de gagner dans un sport culturellement bipolaire comme le rugby qui tend toujours à différencier le jeu d’avants et celui des lignes arrières.

 

 

 

 

 

 

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