« Toucher-passer », oui mais pas que…(Jacques DURY)

« Toucher-passer », oui mais pas que…(Jacques DURY)

Est-il besoin de rappeler ce qui a motivé les deux collègues , professeurs d’EPS , Serge Reitchess et Gilles Malet, pour ne pas les nommer, à proposer le « rugby à toucher-passer 2 secondes » à leurs élèves.
C’est d’abord le constat que les élèves de leur AS (association sportive), copiant ce qu’ils voient dans le « rugby des grands » , ne prenaient aucune information lorsqu’ils étaient en possession du ballon, allaient au sol au contact ou avant le contact avec le(s) défenseur(s), comportement entraînant le plus souvent la formation d’un ruck. Et l’on allait ainsi de ruck en ruck…
La règle du « toucher-passer-2 sec. » qui peut très bien évoluer vers un jeu à « ceinturer-passer 1 sec » , oblige d’une part le porteur du ballon à s’informer sur l’adversaire mais AUSSI sur les partenaires , et d’autre part cette règle incite les partenaires à se porter à distance  de passe du porteur de balle. A la prise d’information se greffe une gestuelle , la passe, sans en décrire la ou les formes, qui doit aider à la poursuite du mouvement.

Les résultats spectaculaires quant à la physionomie du jeu ont incité les décideurs à proposer ce jeu dans le cadre du rugby scolaire puis du rugby des Ecoles de rugby ensuite.

Mais ces deux collègues, dont les compétences en matière de formation ne sont plus à démontrer, savent trop que l’on n’apprend pas à nager en faisant des mouvements sur un tabouret !
Cette modification de la règle qui engendre un comportement autrement plus riche que le simple fait d’aller au sol , « comme les grands », ne résout pas le problème de l’affrontement tant en attaque qu’en défense et si l’on restait au « toucher-passer » on laisserait les apprenants à « la porte de l’activité rugby »(René Deleplace).
C’est la raison pour laquelle les collègues insistent pour que l’UNSS propose deux mi-temps : l’une avec la règle du « toucher-passer » et une autre avec les règles du rugby à plaquer.

Ce qui nous semble important de retenir de ces propositions c’est l’idée, bien connue des hommes de terrain, qu’un changement de règles va NECESSAIREMENT entraîner un changement d’attitude de l’apprenant et au-delà une autre image de l’activité avec des comportements techniques qui vont dans le bon sens : ce que Serge Reitchess appelle la « matrice réglementaire de la technique ».
Imposer le « toucher-passer »dans les compétitions officielles c’est s’assurer d’une nécessaire recherche des éducateurs pour aider à la construction d’un jeu de mouvement.

Et l’on peut s’interroger sur toute autre proposition de changement de règle qui inciteraient éducateurs et apprenants à construire un jeu toujours plus dynamique, toujours plus rapide en liant intimement la réponse technique à la prise d’information : relisons ce que propose René Deleplace concernant la « matrice offensive » sans dénaturer le propos ni s’arrêter à la terminologie qui a tant fait couler d’encre pour ne pas aller au bout du raisonnement !
Ainsi pourrions nous proposer un jeu d’affrontements et d’évitements sans jamais passer par des mêlées ouvertes, ruck ou maul , ce qui obligera à une prise d’information permanente de l’ensemble des joueurs pour porter le jeu là où l’adversaire est le plus faible, ce qui obligera encore à utiliser très tôt le jeu au pied comme moyen d’avancer, et cela par tous les apprenants parce que demain le jeu ira encore plus vite et tous ses acteurs devront savoir utiliser aussi bien le jeu à la main ET le jeu au pied.
Alors pourquoi pas des séquences de jeu sans regroupement ?

Certaines journées d’école de rugby sont consacrées  à du jeu sans phase statique : quel régal de voir ces séquences de jeu qui ne sont pas interrompues par des mises en place interminables de mêlées et de touches, après-midis entiers consacrées à la recherche permanente de solutions pour trouver des surnombres, les utiliser pour faire avancer son équipe !!! Le temps consacré aux phases statiques en école de rugby est autant de temps que l’on ne consacre pas au jeu lui-même lorsque « tout bouge », adversaires , ballon et partenaires.

Ne craignons pas de sortir des sentiers battus : apprenons à jouer avec la règle, à  jouer des règles…

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