08/09/2011 -

Un vrai défi

Avec cette Coupe du monde, compte tenu du positionnement de la planète, le rugby va se jouer à l’envers. Les nations du nord vont-elles pour autant épouser le démarquage rugbystique en terme de style de jeu spectaculaire et efficace que nous imposent particulièrement les Australiens et les Neo-Zélandais. D’avoir la tête en bas quand les autres l’ont en haut leur a depuis longtemps donné le désir de se démarquer de la vision européenne du rugby, même s’ils apprécient que c’est au nord que l’on a inventé ce jeu. "Down" dans la conformité du globe, ces deux nations vont encore une fois chercher à imposer leur façon de vivre le rugby en reprenant le dessus que la géographie du globe ne lui accordera jamais.


En ce sens, cette septième Coupe du monde va être un véritable défi, celui d’une opposition de style. Pour bien des raisons la recherche d’un jeu spectaculaire a toujours attiré ces deux pays qui ont toujours défendu les règles du jeu qui visaient à valoriser le mouvement des joueurs et du ballon. Chaque fois qu’elles ont été modifiées, l’opposition Nord-Sud s’est vivement manifestée. Quand nous sommes en Europe raisonnablement progressistes et plutôt tentées pour chercher des parades, Australiens et Néo-Zélandais sont déjà dans l’exploitation des richesses réglementaires. Et ceci s’avère vrai dans toutes les catégories d’équipes et dans toutes les compétitions.

La conception que nous, Français, avons du jeu du fait de notre culture semble aller dans le bon sens logique puisque devant ces mêmes adversaires alors que l’on nous promet le pire, dans la continuité des Coupe du monde (1987 contre l’Australie, 1999 et 2007 contre les Blacks ), on met les favoris à la raison le temps d’un match. Mais souvent les opinions qui sont émises ici et là ne résultent pas d’un examen critique mais tendent à magnifier où dénoncer, le plus souvent à l’excès, le seul résultat d’ailleurs par des raisons qui sont extérieures au jeu lui-même.

Alors que l’on va entrer dans la plus grande compétition que nous offre le rugby et que naturellement se pose la question des chances de notre équipe de France, l’opinion c’est plutôt de penser que l’on va être loin du compte puisque les performances précédentes ne sont pas suffisamment rassurantes relativement au jeu produit et développé par nos prochains meilleurs adversaires. Pourtant chacun s’accorde à dire que sur un match tout est possible et c’est vrai mais dans le temps toutes les victoires les plus retentissantes ont été cataloguées comme des exploits et n’ont jamais réellement mobilisé les forces vives du rugby pour sortir de notre conformisme et choisir enfin une école de jeu et de formation qui puissent dans le temps, au delà des résultats, préserver dans le cadre de l’évolution de ce jeu un style de mieux en mieux reconnu et de plus en plus identifiable derrière une philosophie de jeu qui refuse le précaire et le passager.

Malheureusement, ce vœu de partage qui à terme amènerait un consensus, surtout entre techniciens, ne se fait que rarement. Quand on cherche à favoriser la liberté d’expression de chacun, on appelle curieusement tout autant à la dispute et chacun se retranche sur ses idées, valeurs et obligations devenues contractuelles. Ce qui s’expriment alors et en alternance, ce sont des idées et conceptions dominantes. Elles sont valorisées ou deviennent caduques et vieillottes en fonction des résultats.

Cette façon de vivre le rugby influe incontestablement sur les joueurs. J’espère que les Français invités à défendre les couleurs de la France vont, dans un contexte de performance et de concurrence de plus en plus exigent, savoir tous ensemble et toutes volontés confondues développer un jeu derrière lequel on va tous s’identifier et pourquoi pas enfin s’accorder.

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